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4 février 2009 3 04 /02 /février /2009 19:16

Chronique parue dans Bellaciao ce lundi 2 février  ( http://bellaciao.org/fr/spip.php?article78713 )

 

« Moi, Albert Jacquard, ministre de l’Education, je décrète :

 

L’Éducation nationale ne doit pas préparer les jeunes dont l’économie ou la société ont besoin. La finalité de l’éducation est de provoquer une métamorphose chez un être pour qu’il sorte de lui-même, surmonte sa peur de l’étranger, et rencontre le monde où il vit à travers le savoir.

 

Moi, ministre de l’Éducation nationale, je n’ai qu’une obsession : que tous ceux qui me sont confiés apprennent à regarder les autres et leur environnement, à écouter, discuter, échanger, s’exprimer, s’émerveiller.

 

À la société de s’arranger avec ceux qui sortent de l’école, aux entreprises d’organiser les évaluations et la formation de leur personnel à l’entrée des fonctions.

 

Il faut que les rôles cessent d’être inversés : l’éducation nationale ne produira plus de chair à profit.

 

Article premier

Il faut supprimer tout esprit de compétition à l’école. Le moteur de notre société occidentale est la compétition, et c’est un moteur suicidaire.

 

Il ne faut plus apprendre pour et à être le premier.

 

Article deuxième

L’évaluation notée est abandonnée. Apprécier une copie, ou pire encore, une intelligence avec un nombre, c’est unidimentionnaliser les capacités des élèves.

 

Elle sera remplacée par l’émulation. Ce principe, plus sain, permettra la comparaison pour progresser, et non pour dépasser les camarades de classe.

 

Mettre des mots à la place des notes sera plus approprié.

 

Article troisième

Les examens restent dans leur principe, sachant que seuls les examens ratés par l’élève sont valables. Ils sont utiles aux professeurs pour évaluer la compréhension des élèves. Mais les diplômes ou les concours comme le baccalauréat sont une perte de temps et sont abolis.

 

Sur tous les frontons des lycées figurera l’inscription : " Que personne ne rentre ici s’il veut préparer des examens. "

 

Article quatrième

Les grandes écoles (Polytechnique, l’ENA...) sont remises en question dans leur mode de recrutement. La sélection, corollaire nécessaire de la concurrence, et qui régissait l’entrée dans ces établissements, ne produisait que des personnalités conformistes, incapables de créativité et d’imagination.

 

Pour entrer à l’ENA, des jeunes de vingt-cinq ans devaient plaire à des vieux de cinquante ans. Ce n’était pas bon signe.

 

Article cinquième

Les enseignants n’ont plus le droit de se renseigner sur l’âge de leurs élèves. Les dates de naissances doivent être rayées de tous les documents scolaires, sauf pour le médecin de l’école.

 

Il n’est plus question de dire qu’un enfant est en retard ou en avance, car c’est un instrument de sélection. Chacun doit avancer sur le chemin du savoir à son rythme, et sans culpabilisation ou fierté par rapport aux camarades de classe.

 

Par contre, un professeur a le devoir de demander à l’élève ce qu’il sait faire pour adapter son enseignement, éventuellement programmer un redoublement.

 

Le redoublement est d’une réelle utilité s’il n’a pas de connotation de jugement.

 

Article sixième

Chaque professeur sera assisté d’un professeur de philosophie. Il faut en effet doubler l’accumulation des connaissances d’une approche par les concepts. Il faut en particulier passer par l’histoire des sciences, resituer les connaissances par rapport aux erreurs historiques d’interprétation des savoirs. Il faut que les élèves aient conscience des enjeux politiques qui se cachent derrière le progrès scientifique. On pourra rester quelques semaines sur un même concept, plutôt que de saupoudrer du savoir dans chaque cours.

 

 

 

Article septième

Le travail des professeurs par disciplines est annulé au profit du travail en équipe. La progression du travail des classes ne doit pas être perturbée par des impératifs de programme.

 

Article huitième

Chaque personne disposera dans sa vie, vers la fin de la trentaine, de quatre années sabbatiques afin de faire le point, se réorienter, apprendre d’autres choses. Chacun a le droit de vouloir changer de métier ou de vocation, parce qu’il n’est pas évident de se déterminer définitivement à dix-huit ans.

 

Article neuvième

Le ministère de l’Économie ne dictera plus ses besoins au ministère de l’Éducation. Dorénavant, le ministre de l’Économie donnera tous les moyens nécessaires à l’Éducation nationale pour réussir sa vocation."

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Published by Union Corcytoyenne de Saint André de Corcy - dans les écoles - collège - ...
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commentaires

ca me regarde 05/02/2009 22:18

Il y a sans doute une dimension utopique dans ce texte, mais pas seulement. Affirmer l'enjeu de l'accès à la formation tout au long de la vie me semble par exemple important, et notamment pour les travailleurs manuels peu qualifiés ou non. Aujourd'hui, ce sont eux qui n'accédent jamais à la formation professionnelle ainsi que les personnes qui sont sorties sans formation du système scolaire. Conclusion, c'est cette catégorie de nos concitoyens qui est la plus frappée par le chômage (fatigue physique, compétences inadaptés aux nouveaux postes de travail, ...), alors que dans le même temps, on recherche (là il faudra peut-être que je parle au passé pendant quelque temps vu la situation économique) des électriciens, maçons, ouvriers polyvalents, cuisiniers, ...
Cette situation est absurde, de même que de ne pas promouvoir ces métiers en formation initiale auprès de jeunes qui auraient plus de plaisir à exercer dans ces domaines.
Pour autant, il ne faut pas que nous méprisions la connaissance. Savoir c'est être libre, parce que c'est comprendre et choisir. Albert Jacquard a donc raison de dire, je crois, qu'il faut doubler l'acquisition de connaissance. Je ne sais plus qu'y disait il y a longtemps qu'à chaque fois qu'on ouvre une école on ferme une prison.
Quant au soutien aux parents, oui naturellement, mais votre remarque me donne le sentiment que vous pensez qu'ils sont par nature responsables, hors je crois que la responsabilité est collective. C'est d'action collective et donc d'engagement sur un service public de l'éducation que nous avons besoin.
Continuons à débattre !

un simple citoyen 05/02/2009 20:27

Nous avons ici une proposition utopique qui va faire avancer les choses, c'est certain ...
S'il vous plait trouvez nous plutôt quelqu'un de pragmatique en liaison directe avec la réalité et qui proposera des solutions progressives qui permettront peut être une évolution qui permettront peut être de tendre un jour vers cette utopie.
Quelqu'un qui peu apporter une réponse globale, pas seulement aux quelques jeunes futurs "élites" (certes, élites importantes puisque en général au pouvoir ...) mais à une grande majorité des jeunes.
A mon tour, humblement je lance quelques autres utopies ...très terre à terre en faite : Supprimons l'objectif de 80% de bacheliers, revalorisons les métiers (et les formations adaptées) dits manuels,imposons aux parents de s'occuper de l'éducation de leur enfants et concentrons l'école sur l'instruction et l'accompagnement de l'éducation prodiguée par les parents, ... je devrais pouvoir en trouver encore d'autres dans le même style, ça fait du bien en faite mais cela sert-il à quelque chose, je me pose la question

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